Corinne Godimier a 48 ans. RMiste depuis la première heure, cette marginale revendique un choix de vie bien à elle. Rencontre avec une femme aux multiples facettes…
Petit village perdu au fin fond de l’Aude, l’appartement de Corinne est intimiste et chaleureux. Les murs rouge ou turquoise affichent des photos de voyages et des masques africains. Une odeur d’encens embaume la pièce. Corinne fait du thé, en expliquant que le vouvoiement est interdit chez elle, car il « met des barrières. C’est une culture, une attitude aristocrate, tout ce que j’aime pas. » Peut-être aussi que ça la dérange par rapport au fait de prendre de l’âge. « J’ai envie encore de faire plein de choses, et j’aurais jamais le temps. Ce qui me fait chier c’est de perdre de la vitalité, d’avoir moins la morsure de tout mordre à pleine dents. Pour l’instant je me dis encore que m’assagir c’est m’encroûter. » Il faut dire que son parcours est plein de rebondissements.
Plus jeune, elle habitait avec ses parents et son frère dans un HLM, en banlieue lyonnaise. Et avec ses parents, « c’était des rapports à la con, de l’autorité et pas de communication. Du style ‘’tu verras quand tu seras plus grande’’. » Alors le jour-même de ses 18 ans, elle part, sa liberté en poche, à l’assaut de la vie. Cela fait bien longtemps qu’elle n’a plus prononcé les mots ‘’papa maman’’ et elle ne s’en porte pas plus mal. Son frère dans tout ça ? « Ca fait 10 ans que je l’ai pas vu. J’ai coupé les ponts parce que j’ai pas de pitié ni de compassion face à la bêtise, à la médiocrité de l’humain. Je suis plus pour me lever et me battre que tendre la main et faire la manche. Aujourd’hui, c’est un choix d’être seule, j’aime me retrouver. Ma seule famille, c’est ma fille et mes amis. » Emma, sa fille, a 19 ans. Elles entretiennent une relation « intrinsèque et passionnelle ». C’est la relation privilégiée que Corinne n’a pas eu avec sa mère. « Je veux pas d’autorité face à elle, ça sert à rien. Elle comprendra par elle-même. J’ai parié sur l’intelligence de ma fille. »
Au cours de sa vie, elle n’a eu que trois hommes, « complètements différents mais tellement semblables. Guy, le papa de ma fille, m’a bousculé. Il m’a confirmé dans mes questionnements. Il m’a mis une grande claque en m’emmenant en Inde, il m’a confronté à moi-même et m’a aidé à m’accepter. Je l’aime à vie. Ça a été mon compagnon de fortune et d’infortune quand tu commences à t’éveiller à la vie. C’était mon ami, mon mec, mon pilier, et après je papillonnait. Il savait que c’était comme ça que je serais heureuse, il acceptait, il souffrait en silence des fois. Peut-être qu’il a eu peur de tout casser. Au fil des bons souvenirs, quelques larmes roulent sur ses joues. « Après il y a eu Kevin, la passion. Je venais d’accoucher, je retrouvais mon corps. Mais il buvait trop, alors ça m’a dégoûté. Je commençait à faire des teufs avec des amis. Là j’ai rencontré Yari. J’ai commencé à fréquenter le milieu techno avec lui. On avait crée une tribu de potes qui connaissaient bien l’inde et qui ramenait de la musique de là-bas. » A sa demande, le sujet de la drogue ne sera pas abordé.
Corinne adore voyager. « Les voyages forment la jeunesse et défont la vieillesse. Ça enrichi au niveau humain, culturel. Ça ouvre l’esprit, ça change le rapport avec les gens. » Début 1987. Au retour d’un voyage de 6 mois en Inde, Corinne et Guy décident d’aller dire bonjour à des amis qui sont allés vivre en Ariège, et n’en repartiront jamais. Elle allume une cigarette. « On avait envie de vivre différemment, on supportait plus le béton. C’était la vie de baba cool. On avait des maisons tous ensemble. On faisait le marché, allait chercher le lait à la ferme. On limitait nos besoins, on avait pas la télé, pas de médicaments.» Corinne n’a jamais supporté la hiérarchie. C’est pourquoi elle a travaillé que de 19 à 25 ans. « On avait pas de sous, on vivait chez nos amis, on s’est endetté. On a entendu parler de l’installation du RMI à la radio. » Elle touche donc le RMI depuis plus de 20 ans. « Avoir le RMI c’est faire la nique à la société, mais c’est aussi accepter de vivre avec rien, d’avoir beaucoup moins de besoins. A l’époque, le plus important pour moi était d’élever ma fille, un travail à temps complet. Aujourd’hui je touche 387 euros par mois, je suis donc obligée de travailler au black, quelques traductions, les vendanges… »
D’ailleurs, son avis sur la politique est bien rodé. « Je suis contre le vote, c’est reconnaître le système hiérarchique. Aller voter ne va pas changer notre vie, c’est du pipo, de l’utopie. La mafia capitaliste nous berne d’illusions et a chassé le communisme. Comme dirait mon vieil ami Coluche ‘’la dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours’’.» Et pour échapper à ce monde de consommation elle essaye de ne pas se placer dans la société actuelle, « j’ai l’impression d’être en dehors de l’HP quand je suis dans mon petit village. Je préfère rien entendre et vivre seule que d’entendre des conneries. » Cela reflète plutôt bien sa philosophie de vie, proche du bouddhisme. Elle aime le silence et n’a jamais vu l’avenir, « j’ai toujours vécu du jour au lendemain. Même ma fille me reproche de ne pas savoir faire des projets. » Corinne n’est pas rationnelle, elle est plus dans l’instinct, dans le feeling des choses et des gens. C’est peut-être la raison pour laquelle aujourd’hui, elle se sent en harmonie avec elle-même. « Je me sens assez honnête par rapport à mes pensées et à mes actes. Je pense au plus profond de moi qu’on a que ce qu’on mérite. Je remercie la vie. »
Une vie qui, certes, n’a pas toujours été rose, mais qui continue de faire briller la petite étincelle de folie au fond de ses yeux. « C’est plus facile de vivre comme on nous le propose que de choisir d’être RMiste, parce que c’est aller à contre-courant et la société ne reconnaît pas des gens comme nous. En plus, à mon âge, la réinsertion est difficile, et j’ai pas du tout envie de devenir productive à 48 ans, ça serait aller à l’encontre de tout mon combat jusqu’à maintenant. D’ailleurs, au regard de ma vie aujourd’hui, ma mère doit se retourner dans sa tombe la pauvre, mon père, lui, doit bien rigoler. »
Propos recueillis par Joana Auclair
quelle nana cette corine , une femme qui vit sa vie comme elle l’entend comme le souhaite avec ses extremes ses opinions, ses envies ses folies surtout ses folies!!! et elle dit fuck a la connerie fuck au cons de capitalistes fuck au systeme inegamitaire , fuck a la guerre, fuck a la france d’en haut
et elle le fait avec brio, chapeau madame!!! a bientot chloé