La Villa Arson, Centre national d’art à Nice, accueille, du 24 novembre au 3 février 2008, Zoé Leonard, Tatiana Trouvé, Claire Fontaine et Laurence Denimal. Découverte de quatre artistes au féminin.
Les artistes qui exposent actuellement à la Villa Arson, ont toutes fait des choix esthétiques bien distincts. Mais au fil des œuvres, deux mots restent à l’esprit… «Déjà vu».
La première pièce est vaste, blanche, carrée. L’exposition de Zoé Leonard est linéaire et pèse presque par son épuration. Pour « Analogue », la photographe a travaillé à l’argentique et s’est attardée sur l’accumulation du quotidien humain. Des rangées de vestes, des chaussures alignées. L’entassement des objets, tous propres à l’homme et à sa fatale évolution, avec pour illustration les premières technologies informatiques. Pas de vie. Parmi les 400 clichés exposés, pas un humain n’est représenté. Ni sur les vitrines abandonnées, ni aux côtés des vêtements entassés. Une ambiance fantomatique, comme si l’homme avait fui cette masse insensée. Mais au milieu du fouillis, un fantôme. C’est elle. La photographe inclue son reflet, comme si elle souhaitait faire corps avec l’objet de ses propres interrogations. Zoé Leonard cherche à dénoncer la mondialisation, qui a happé peu à peu la chaleur des commerces de proximité. Mais rien de bien nouveau. Walker Evans, Diana Arbus ou encore Robert Franck, étaient tous d’importants acteurs de la photographie contemporaine, et ont déjà largement traité cette vision de la réalité, de manière statique et brutale. A côté de cela, les installations de Tatiana Trouvé sont énigmatiques. A tel point que l’on en vient à se demander est-ce du génie ou une fuite d’eau ? C’est une simple fuite d’eau. L’ensemble de son œuvre pourrait se résumer à cette anecdote. Mais on remarque tout de même l’une de ses oeuvres, qui soulève la question de l’humain, ou plutôt de son absence. L’artiste utilise des déambulateurs pour les assembler à des machines de sports. Alors dénonciation, ou pure provocation ? « Equivalences », répondrait Claire Fontaine. Elle, a préféré disposer des couvertures de livres, à même le sol. Les titres de ces ouvrages semblent avoir été sélectionnés pour leur sens particulier. Mais ce choix est sans doute personnel à l’artiste, d’où la perplexité du spectateur. Il y a également l’utilisation de la Marilyn de Warhol, avec une inscription « One is no one » (à comprendre : l’individu seul n’est rien), et la diffusion en boucle d’une échographie. Mais la question, autour de la singularité dans une société industrielle, a déjà été approfondie dans les années 70, avec l’art d’interroger l’art, avec les prémices de l’art contemporain. Laurence Denimal, quant à elle, a choisit d’exposer 25 classeurs muraux, semblables à ceux des Assedic ou de l’Anpe. Elle les intitule « Joubor », à comprendre ‘’Journal de bord’’. On y découvre des bases de données du quotidien, mêlant l’intime, avec l’utilisation de photos pornographiques, à l’actualité, grâce à l’insertion de dépêches d’agence. L’artiste a accordé à chaque événement de la journée, classé par chronologie, un code de couleur spécifique. L’amas de ces données informatisées fait écho à la dénonciation de l’individu dans la masse. Laurence Denimal s’essaie à une analyse de notre société, soulignant que la singularité de chacun s’efface pour devenir conforme à un numéro, et ainsi basculer dans l’anonymat. Autrement dit, l’absurdité d’uniformiser, de catégoriser et de ficher l’Homme.
Il existe un fil conducteur entre ces quatre artistes : les supports sont différents mais ils ont tous en commun de révéler et d’interroger des modes de production (artistiques, économiques ou politiques, fictifs ou réels). Mais au final, l’ensemble des œuvres est trop conceptuel et n’innove rien. Les quatre artistes, sont en général ‘’trop cérébrales’’. On regrette que les oeuvres se limitent à des idées, et non à du ressenti.
Joana Auclair

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